14/10/2 Autoactu.com

Delbos, Murguet, de los Mozos : un trio pour ramener la paix et la fierté chez Renault

Constructeurs – 14/10/2019

Delbos, Murguet, de los Mozos : un trio pour ramener la paix et la fierté chez Renault

Jean-Dominique Senard a fait voter la révocation de Thierry Bolloré par le conseil d’administration de Renault vendredi et nommer Clotilde Delbos, directrice générale de Renault SA par intérim, Olivier Murguet et Vicente de los Mozos, directeurs généraux adjoints. Explications.
Pressé de dire lors de la conférence de presse à la suite du conseil d’administration de vendredi pourquoi Thierry Bolloré avait été limogé, Jean-Dominique Senard a donné peu d’explications. Pas de faits précis, pas de remise en cause de la performance. “Il n’y a rien de personnel”, a-t-il dit à plusieurs reprises.
Il a évoqué “une réflexion qui a atteint sa maturité”. “C’est un sujet qui a pris son temps.”
Cela signifie que le départ de Thierry Bolloré était une question qui se pose depuis longtemps et qu’il était inéluctable. L’article de Bertille Bayart dans le Figaro du mercredi 9 octobre (mardi soir sur Internet) qui annonçait la décision de Senard de chercher un nouveau DG a cependant précipité le mouvement. Après cette révélation, le sujet ne pouvait plus être traité de manière feutrée comme le veulent les usages. Il fallait faire vite, d’où la convocation d’un conseil d’administration en urgence et la nomination d’une équipe de direction par intérim avec la directrice financière de Renault Clotilde Delbos nommée DG, le directeur des fabrications José-Vicente de los Mozos et le directeur commerce et régions Olivier Murguet.

Ce qui rend singulier cet épisode, c’est aussi l’attitude de Thierry Bolloré qui ne voit pas la défiance du conseil d’administration à son égard, ne l’admet pas et dénonce “un coup de force stupéfiant” dans une interview au journal Les Echos. Au lieu de démissionner, ce qui lui aurait assuré une sortie honorable, il choisit de “défendre son bilan” forçant le conseil à le limoger. “Je lui avais dit que je ne souhaitais pas que ça se passe comme ça. Il pouvait démissionner ou sinon la décision ne pouvait être que de le révoquer”, a précisé Jean-Dominique Senard.
Cette décision, ce n’est pas le caprice du président de Renault, “c’est une décision collégiale” du conseil d’administration a dit Senard. En même temps, ce ne sont ni Nissan, ni l’Etat français qui lui ont forcé la main. “Personne n’a exercée de pression sur le conseil”, a dit Senard qui a révélé que la révocation avait été approuvée avec trois abstentions et aucun vote contre.

On comprend ce qu’on reproche à Thierry Bolloré dans la feuille de route de la nouvelle équipe. L’immobilisme d’abord et l’absence de projets dans l’Alliance : “Je suis extraordinairement optimiste sur la capacité de l’Alliance de réaliser tout son potentiel”, a dit Jean-Dominique Senard ajoutant qu’il attendait de la nouvelle équipe “que ce soit une réalité et plus des débats sans fin”.
Il y a aussi le climat de défiance au sein de l’entreprise. La nouvelle équipe aura pour mission de “tout faire pour que la transition se fasse dans l’apaisement et la sérénité”. “J’en serais le garant”, a dit Jean-Dominique Senard qui veut que les équipes chez Renault soient “heureuses, comprennent ce qu’elles font et soient fières de l’entreprise”. Il faudra donner du sens et ramener la paix, a-t-il dit aussi.
On reproche aussi à Bolloré l’absence de vision stratégique : “L’écosystème est de plus en plus complexe et l’automobile doit jouer son rôle et être au centre du dispositif. Je veux partager mon optimisme, ma détermination et mon engagement absolu pour que Renault rayonne dans le monde”, a dit Jean-Dominique Senard.
Le mode de management cloisonné est aussi un reproche que l’on peut lire en creux dans ce qu’a dit Senard : “Cette entreprise doit respirer, doit s’ouvrir et se sentir en charge de son avenir”. Il a souligné “la nécessité d’intensification de la responsabilisation des équipes” et “la nécessité de décloisonner”. Senard, nous a-t-on dit, n’aurait pas apprécié la consigne de Bolloré d’interdire aux 40 principaux cadres dirigeants de Renault de lui parler.
En bref, la fonction n’a pas transformé Thierry Bolloré et le conseil d’administration s’est lassé d’attendre qu’il se révèle. “Ghosn avait embauché un adjudant, pas un général”, résume crument un proche du dossier.

Le choix de Clotilde Delbos (52 ans), José-Vicente de los Mozos (57 ans) et Olivier Murguet (53 ans) pour assurer la direction intérimaire de Renault est rassurant en ce qu’il s’appuie sur les métiers fondamentaux de l’entreprise et des personnalités respectées et légitimes.
Entrée dans le groupe Renault en 2012, nommée directrice financière de Renault en avril 2016, Clotilde Delbos connaît bien Jean-Dominique Senard dont elle a été la contrôleuse de gestion quand il était directeur financier de Pechiney dans les années 90. Elle conserve sa fonction de directrice financière en même temps que celle de DG par intérim.
Olivier Murguet a fait toute sa carrière chez Renault où il est entré en 1990 et occupé différentes fonctions commerciales (Brésil, Pologne, Espagne, Mexique, directeur des Opérations Amériques) avant d’être nommé il y a tout juste un an (novembre 2018) directeur du commerce monde de Renault et des régions.
José-Vicente de los Mozos a lui aussi fait toute sa carrière chez Renault où il est entré au bas de l’échelle comme apprenti en 1978. Il a occupé différents postes à l’ingénierie de Renault en France avant d’occuper des postes de direction en Espagne chez Renault (chef du département d’emboutissage de l’usine de carrosserie montage à Valladolid, responsable du département de tôlerie et d’emboutissage à l’usine de Palencia) et Nissan (directeur industriel adjoint, directeur de Nissan Motor Ibérica, vice-président, en charge des opérations industrielles de Nissan en Espagne). Il est nommé directeur des fabrications carrosserie-montage du groupe, puis directeur industriel et logistique d’abord pour la région Europe puis pour l’ensemble du groupe Renault. Dans le nouvel organigramme de l’Alliance de mars 2018 il est nommé directeur fabrication et logistique pour la région 1 de l’Alliance (Europe, Eurasie et Amérique Latine).

Ils seront tous les trois en charge de la direction générale de l’entreprise “pour un délai qui est incertain et dépendra de la capacité que nous aurons de déterminer au mieux la personne capable de diriger l’entreprise dans les années qui viennent”, a dit Jean-Dominique Senard.
Concrètement, les deux mandats de Thierry Bolloré, DG de Renault SA (la holding dont Senard est actuellement Président) et de Président de Renault SAS, seront assurées par Clotilde Delbos nommée Directeur général de Renault SA pour une période intérimaire, tandis que Jean-Dominique Senard a été nommé durant cette période intérimaire Président de Renault SAS (filiale de Renault SA) ce qui lui donnera un rôle plus opérationnel. Comment et quand sera désigné le nouveau DG ? “Je suis attentif à la responsabilisation des personnes en charge. C’est le comité des nominations qui va définir le profil”, a dit Jean-Dominique Senard. Si la recherche (âge, nationalité) est très ouverte, le futur DG devra avoir la “capacité à comprendre le caractère impératif de l’Alliance” et “la capacité à insuffler dans le groupe un esprit de responsabilisation qui permette de briser les silos dans l’entreprise”, a dit Jean-Dominique Senard.

La mise en place d’une nouvelle direction collégiale chez Nissan la semaine dernière est sûrement aussi un élément qui a plaidé pour le changement. Même s’il n’y a pas de lien entre les deux comme l’affirme Senard, cette nouvelle gouvernance a créé une nouvelle dynamique chez Nissan qui par contraste a accentué la raideur du fonctionnement de Renault. L’interdépendance entre Renault et Nissan c’est aussi la nécessité d’être dans le même état d’esprit, la même dynamique, le même “souffle”.
Florence Lagarde